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Articles /  Isadora Duncan
 
 
 
Isadora Duncan
Terpsichore
 
 
    Comment faire revenir Terpsichore parmi nous ? En retrouvant la beauté humaine sous sa forme idéale et l’essence du mouvement qui en est l’expression.

    Toutes mes recherches et mes études dans le domaine de la danse se sont fondées sur ces deux principes.

    Une forme véritablement belle suggère toujours le mouvement, même au repos, tandis qu’un mouvement véritablement beau suggère le repos, même dans l’envol le plus leste. C’est cette qualité de repos dans le mouvement qui constitue son élément éternel.

    Tout mouvement sur terre est gouverné par la loi de la gravité, par l’attraction et le rejet, la résistance et l’abandon. C’est ce qui produit le rythme de la danse (2).

    Pour découvrir ce rythme, nous devons écouter les pulsations telluriques. Les grands compositeurs - Bach, Beethoven, Wagner - ont mêlé avec une perfection absolue les rythmes terrestre et humain. En conséquence, j’ai pris pour guide les rythmes des grands maîtres, non parce que je croyais pouvoir exprimer la beauté de leurs œuvres mais parce que j’espérais, en soumettant mon corps à leurs rythmes, retrouver les modulations naturelles des mouvements humains perdues depuis des siècles.

    Certains objets d’art, comme les vases grecs de nos musées, unissent parfaitement la représentation des deux beautés : la beauté idéale de la forme humaine et la beauté idéale du mouvement.

    En étudiant les milliers de figures représentées sur ces vases, j’y ai toujours trouvé le principe d’une ligne ondoyante. Chaque mouvement, même au repos, reste fécond : il possède la capacité d’engendrer un autre mouvement. A l’exception de quelques figures grotesques ou de celles datant d’une époque plus frustre, je n’ai pas trouvé un seul dessin où, par exemple, le pied serait levé dans la ligne perpendiculaire du corps (3). Ce mouvement est introuvable même sur les vases dont les figures expriment le délire bachique. Et ceci tout simplement parce que ce mouvement implique un « arrêt » : on sent qu’il ne peut continuer, qu’il ne peut qu’être sa propre fin.

    D’autre part, dans les figures bondissantes aux genoux pliés, nous comprenons que le mouvement se poursuit, fidèle à la ligne ondoyante des grandes forces de la nature. J’ai donc basé les mouvements de ma danse sur cet élément éternel. Ceci n’est qu’un exemple mais nous retrouvons le même principe dans des milliers de figures.

    Une des figures les plus fréquentes des danses bachiques est représentée la tête renversée. La dynamique de ce geste qui nous fait sentir la frénésie s’emparant du corps tout entier, se retrouve dans toute la nature. Les animaux, eux aussi, renversent la tête dans un mouvement bachique : que ce soient les éléphants, la nuit, dans les pays tropicaux, les chiens aboyant à la lune, les lions, les tigres, tous suivent l’universel délire dionysiaque. On retrouve encore ce même mouvement dans les vagues soumises à la tempête ou dans les arbres en proie à l’orage.


                                                                                    Isadora Duncan
                                                                                                               
(1909)

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